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Art et méditation - Août 2020

Raphaël (Urbino, 1483 – Rome, 1520), La transfiguration, 1518-20, huile sur bois, cm 405 x 278, Vatican, Musée du Vatican.

Le 6, fête de la Transfiguration.

Nous avons déjà écrit sur cette magnifique œuvre (cf. octobre 2017) présentant les mystères du Rosaire. Sa beauté est telle, sa renommée est si grande, que nous souhaitons ajouter d'autres considérations. Tout d'abord, nous rappelons la grande importance de la peinture. Elle a été commandée à Raphaël par le cardinal Jules de Médicis, cousin du pape Léon X (Jean de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, tandis que Jules était le fils de Julien, le plus jeune frère de Laurent assassiné dans le complot des Pazzi).

Jules à son tour devint pape en 1523 sous le nom de Clément VII. Lorsqu'en 1515, Jules fut nommé évêque de Narbonne, en France, il voulut embellir la cathédrale de son nouveau siège avec deux grands tableaux confiés à Raphaël et Sebastiano del Piombo, récemment à Rome mais parrainé par nul autre que Michel-Ange. D’autre part, il semble que les deux personnages agenouillés sur le côté gauche, sur le mont Thabor, soient les saints Juste et Pasteur, auxquels la cathédrale de Narbonne était dédiée. L'œuvre de Raphaël, à cause de sa mort prématurée, fut achevée par son fidèle disciple Jules Romain; elle plut tellement au cardinal Jules qu'il ne l'envoya plus en France mais la plaça dans l'église romane de San Pietro in Montorio.

La deuxième chose que nous voulons souligner est le fait que Raphaël a choisi une représentation inhabituelle de la Transfiguration. Pour la plupart, en effet, à partir des anciennes icônes byzantines qui reproduisent la scène, Jésus est fermement représenté penché au sommet de la montagne, les pieds sur terre, avec d'un côté Moïse et de l’autre Élie et, plus bas dans des attitudes d'étonnement, les trois disciples témoins, Pierre, Jacques et Jean. Aussi Raphael, comme en témoigne un dessin préparatoire conservé aujourd’hui au musée du Louvre à Paris, avait initialement cette iconographie en tête. Mais son idée change alors : Jésus – et avec lui Moïse et Élie – se détache du sol, les vêtements sont ébouriffés par un vent violent, les yeux sont levés vers le ciel. Si nous ne regardions que la partie supérieure du tableau, nous serions plus susceptibles de croire qu’ on est face à la représentation du mystère de l'Ascension.

Et maintenant, enfin, revenons à notre regard, mettons-nous devant cet immense retable et laissons nos yeux le parcourir. Et voilà, ils rencontrent d'abord la foule, les disciples excités, le père effrayé qui a amené le fils démoniaque pour que Jésus le guérisse, la femme à genoux dans la belle robe rose et le manteau bleu dans sa pose sculpturale en montrant le garçon. Mais notre regard ne s'arrête pas devant l’agitation et les nombreuses personnes. Il glisse vers le haut, il est capturé par la lumière qui entoure la figure de Jésus, au point que l'on remarque à peine les trois apôtres effrayés au sommet de la montagne et les mêmes Moïse et Élie semblent plus un cadre au véritable et unique protagoniste, qui est Jésus. Les Évangiles synoptiques racontent tous l'épisode de la Transfiguration (Mathieu 17, 1-8; Marc 9, 2-8; Luc 9, 28-36) et tous se souviennent en particulier de la lumière du visage de Jésus et de la blancheur de sa robe (Marc note qu'aucun blanchisseur n'aurait pu le rendre si blanc!). Et dans l'œuvre de Raphaël, on retrouve ces deux éléments, le visage brillant et les robes blanches !

L'un des trois témoins oculaires, Pierre, a écrit dans sa deuxième lettre : “En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie ». Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte” (2 P 1, 16-18).

Et nous nous rendons compte que notre regard est toujours là-haut, sur la montagne sainte, pour contempler Jésus, dans la beauté que Raphaël a su rendre, au point qu’on pourrait répéter les paroles de Pierre, rapportées à l'identique par les trois évangélistes : « Maître, il est bon que nous soyons ici »

P.S. Le 6 août, fête liturgique de la Transfiguration, j’ai la joie de porter mon regard sur la grande œuvre de Raphaël conservée dans la Pinacothèque du Vatican. Devant le chef-d'œuvre j'apporte le regard de chacune et de chacun qui lit ces lignes !

 

(Contribution de Vito Pongolini)