Célébrons Pâques en embrassant la Paix

Mar 30, 2026 | UMOFC

Chères amies,

Alors que le Carême touche à sa fin et que nous commençons à entrer dans le mystère de la Semaine Sainte, je souhaite m’adresser à chacune d’entre vous, présentes dans différents coins du monde, avec un message de paix, d’espérance et de communion.

Comme l’a dit le Pape Léon : « Le Carême est le temps pour remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie, afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes ». Pourtant, pour certaines d’entre nous, cela n’a pas été facile. Alors que nous voyons un monde marqué par une incertitude croissante, les conflits et la souffrance, nous nous demandons si cette violence prendra un jour fin et nous nous sentons effrayées et impuissantes face à tant de tensions mondiales.

C’est pourquoi je me suis sentie appelée à revenir une fois encore au thème de la paix, surtout à l’approche de Pâques. La résurrection du Christ est la force qui nous soutient face au défi de vivre. La résurrection est le fondement de l’espérance chrétienne et la certitude que Dieu continue d’accompagner l’humanité dans tous ses moments obscurs.

Permettez-moi de rappeler les paroles du Pape François dans son message « Urbi et Orbi » adressé au monde à l’occasion de Pâques 2025, juste un jour avant son retour à la Maison du Père : « Oui, la résurrection de Jésus est le fondement de l’espérance… grâce au Christ crucifié et ressuscité, l’espérance ne déçoit pas… ce n’est pas une espérance évasive, mais engageante ; elle n’est pas aliénante, mais responsabilisante… Je voudrais que nous recommencions à espérer que la paix est possible ! »

J’encourage toutes les femmes de l’UMOFC à accueillir cet engagement, fortifiées par la certitude que nous donne la résurrection du Seigneur. Sachant que la paix ne se construit pas par la peur, les menaces ou la violence, mais par le dialogue et des actions authentiques, patientes et responsables, mettons-nous à l’œuvre, fermement convaincues que la paix n’est ni lointaine ni inaccessible. Elle est un don qui cherche à habiter en nous, une force douce mais puissante, capable de dépasser les divisions et d’ouvrir de nouveaux chemins là où ils semblaient impossibles.

Les femmes, artisanes, éducatrices et destinataires de la paix

Je vous invite à un bref parcours à travers les enseignements de l’Église concernant la reconnaissance des femmes comme destinataires et artisanes actives de la paix. Le fil conducteur de ce parcours est la dignité humaine : si les hommes et les femmes participent pleinement à cette dignité, il s’ensuit qu’ils sont appelés, l’un comme l’autre, à être constructeurs et destinataires de la paix.

  • Rerum Novarum de Léon XIII (1891), première grande encyclique sociale moderne, n’aborde pas directement la construction de la paix, mais établit qu’un ordre social juste est une condition nécessaire à une coexistence pacifique.
  • Pacem in Terris de Saint Jean XXIII (1963) marque un tournant décisif. Pour la première fois, un document pontifical identifie explicitement l’accès des femmes à la vie publique comme un « signe des temps » que l’Église doit interpréter et intégrer. Jean XXIII souligne que les femmes « sont de plus en plus conscientes de leur dignité » et ne veulent plus être traitées comme des « instruments », mais réclament des droits conformes à cette dignité, tant dans la vie familiale que publique.
  • Au Concile Vatican II, la Constitution pastorale Gaudium et Spes (1965) a condamné toute discrimination fondée sur le sexe comme étant contraire au dessein de Dieu et a affirmé que les hommes et les femmes participent de façon égale au bien commun.
    En même temps, dans son analyse de la paix — comprise comme « œuvre de justice » et « fruit de l’amour » — la Constitution reconnaît que, sans la pleine reconnaissance des droits de la femme, il ne peut y avoir de paix authentique.
  • Après le Concile, Saint Paul VI institua la Journée mondiale de la Paix en 1967 et, dans ses messages annuels, souligna de plus en plus la nécessité de dépasser les structures injustes. Dans Octogesima Adveniens (1971), il affirma que la discrimination envers les femmes constitue l’une des formes les plus répandues d’injustice structurelle et, en tant que telle, un obstacle à la paix.
  • Saint Jean-Paul II apporta l’une des contributions les plus systématiques. Dans sa lettre apostolique Mulieris Dignitatem (1988), il affirma l’égalité essentielle entre hommes et femmes, tous deux créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dans son Message pour la Journée mondiale de la Paix de 1995, intitulé de manière significative « Les femmes : éducatrices pour la paix », il affirme que les femmes possèdent un « génie féminin » qui les prédispose au soin, à la réconciliation et à la résistance pacifique face à la violence. Les femmes apparaissent ainsi comme « éducatrices de la paix » dans la famille et, par extension, dans la société.
  • Dans son encyclique Caritas in Veritate (2009), Benoît XVI inscrit la construction de la paix dans la perspective du développement humain intégral. Sans une justice qui s’étende aux femmes — en ce qui concerne l’accès à l’éducation, au travail et à la participation politique — le développement reste incomplet et la paix précaire. Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église (2004), publié durant son pontificat, reprend cette synthèse et consacre une section explicite à l’égalité des femmes dans la vie sociale et politique comme condition de la paix.
  • Le Pape François a apporté une nouvelle perspective à la doctrine sociale de l’Église. Dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium (2013), il souligne qu’il reste nécessaire de créer davantage d’opportunités pour que les femmes « jouent un rôle plus significatif dans de nombreux domaines publics », y compris dans les processus de résolution des conflits. Dans Fratelli Tutti (2020), son encyclique la plus directement centrée sur la construction de la paix, il affirme catégoriquement que sans les femmes, la fraternité — et la paix qui en découle — reste incomplète. Il ravive la tradition du pacifisme actif : la paix n’est pas seulement absence de guerre, mais construction quotidienne de justice, de dialogue et de rencontre, domaines dans lesquels les femmes ont historiquement démontré une capacité unique. Enfin, dans Laudate Deum (2023) et dans ses messages pour la Journée Mondiale de la Paix, le Pape François souligne à plusieurs reprises que les processus de négociation et de réconciliation perdent leur efficacité lorsqu’ils excluent les femmes, position soutenue par des données empiriques.
  • Dans son récent message pour la 59ᵉ Journée mondiale de la Paix, le Pape Léon réitère le message qu’il adresse au monde depuis son élection : la paix du Christ ressuscité est une paix « désarmée et désarmante, humble et persévérante » ; « Sa présence, son offrande, sa victoire rejaillissent sur la persévérance de nombreux témoins grâce auxquels l’œuvre de Dieu se poursuit dans le monde, devenant même davantage perceptible et lumineuse dans l’obscurité des temps.». Il rappelle les paroles de Saint Augustin : Ayez la paix, frères et sœurs. « Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes. Pour embraser les autres, que la paix de votre charité soit en vous tout ardente. »

La paix : une présence constante et un chemin à suivre pour l’UMOFC

Chères amies de l’UMOFC, célébrons cette Pâque en embrassant la paix ! Animées par l’espérance que nous donne la résurrection du Seigneur, accueillons la paix et reconnaissons-la comme une mission concrète : un acte d’amour à vivre chaque jour dans nos familles, nos lieux de travail, nos organisations, nos communautés et au sein de l’Église. Par notre service et notre témoignage, souvent silencieux mais ferme, nous construisons des ponts ; nous favorisons le dialogue et la culture de la rencontre ; nous vivons le pardon ; nous défendons la vie, la dignité humaine, la justice et les droits des femmes, en particulier les plus vulnérables ; nous prenons soin de notre maison commune et promouvons le dialogue œcuménique et interreligieux. Ce faisant, nous incarnons une paix humble, persévérante et profondément transformatrice : une paix désarmée et désarmante.

En cette Semaine Sainte, j’invite chacune d’entre vous à intensifier ses prières, ses actions et son engagement quotidien pour la paix. Rendons témoignage par nos vies et devenons des « éducatrices pour la paix » partout où nous allons, convaincues que même nos plus petits gestes peuvent contribuer à la réconciliation.

Inspirées par les paroles du pape Léon, nous pouvons être sûres que « Y compris dans les lieux où il ne reste que des ruines et où le désespoir semble inévitable, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui n’ont pas oublié la paix. Tout comme le soir de Pâques, Jésus est entré dans le lieu où se trouvaient ses disciples effrayés et découragés, ainsi la paix du Christ ressuscité continue de franchir les portes et les barrières grâce aux voix et aux visages de ses témoins. C’est le don qui permet de ne pas oublier le bien, de le reconnaître comme vainqueur et de le choisir encore et ensemble. »

Chères sœurs, je vous propose de continuer à marcher ensemble, unies dans la foi et dans la diversité, en gardant au cœur de l’humanité l’espérance, l’amour et la paix. Vivons la Semaine Sainte avec une espérance renouvelée, en contemplant la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ comme le signe définitif que l’amour est plus fort que la haine et la vie plus forte que la mort. Que le Seigneur ressuscité ouvre nos cœurs, fortifie notre foi et fasse de nous des instruments de sa paix dans un monde blessé.

En vous remerciant pour votre mission et votre proximité dans la prière, je souhaite à vous-mêmes, à vos familles et à vos organisations une Pâque pleine de bénédictions et de paix.

Mónica Santamarina

Présidente générale

Compartir:
Babel ou Jérusalem ?

Babel ou Jérusalem ?

L’encyclique Magnifica Humanitas s’ouvre sur deux images profondément féminines : deux projets communautaires...