« La foi doit être redécouverte et transmise au sein de la famille, de génération en génération »
Entretien avec Gabriella Gambino, sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie
Gabriella Gambino est sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie depuis 2017. Mariée et mère de cinq enfants, dont trois jumelles, elle combine une vie familiale intense avec un solide parcours universitaire. Elle est titulaire d’un doctorat en bioéthique et enseigne la philosophie du droit, la bioéthique et le droit biologique depuis plus de vingt-cinq ans. Depuis 2005, elle enseigne également à l’Institut théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille de l’Université pontificale du Latran, où elle continue à former des générations d’universitaires et de pasteurs sur les thèmes de la vie, de la famille et de la dignité de la personne.
Comment s’est passé le passage de l’université au Dicastère ? Quel changement cela a-t-il représenté dans votre vie ?
Ce fut un changement profond, qui m’a fait grandir et m’a permis de me remettre en jeu après tant d’années d’enseignement. En effet, même si j’ai toujours considéré mon engagement universitaire comme une « mission éducative » envers les nouvelles générations, le travail dans l’Église exige une vision plus pastorale et théologique-spirituelle. Ainsi, si d’un côté j’ai pu mettre à profit bon nombre de mes compétences et la mentalité acquise précédemment dans le monde universitaire, de l’autre, j’ai dû adopter une vision plus ecclésiale et modifier mon style afin de pouvoir dialoguer avec les évêques et me mettre au service d’une mission d’évangélisation plus directe.
Après ces années de travail au sein du Dicastère, où en est aujourd’hui la pastorale familiale dans le monde ?
Je perçois une certaine inquiétude au sein de l’Église. Les contextes familiaux ont beaucoup changé au cours des vingt dernières années et la pastorale familiale, telle qu’elle a toujours été organisée, n’est plus adaptée. Les familles ont du mal à vivre leur foi et à la transmettre à leurs enfants, les jeunes ne s’intéressent plus au mariage et ne se marient pas, il y a d’énormes problèmes éducatifs induits notamment par l’omniprésence des smartphones que nous avons toujours à la main et qui sont en train de détruire les relations familiales et la capacité à transmettre des valeurs. Nous devons donc travailler différemment et repartir de zéro pour reconstruire les relations entre les personnes, pour recréer de véritables communautés de référence.
Au cours de ces dernières années, nous avons toutefois identifié certains principes opérationnels fondamentaux pour la pastorale. Le premier est la transversalité, c’est-à-dire la nécessité de faire travailler en synergie les services pastoraux sur les questions concernant les enfants, les jeunes, la famille et la vie humaine. Cela signifie créer dans les contextes diocésains des tables de coordination et de collaboration, afin d’avoir une vision commune des objectifs et des projets pour accompagner les familles à chaque étape de la vie.
Un deuxième principe est la synodalité, qui signifie écouter et partager non seulement des opinions ou des expériences, mais aussi le Magistère de l’Église. L’enseignement de l’Église sur le mariage, la famille et la vie humaine doit être connu afin d’être compris et accepté. Les nouvelles générations ne le connaissent pas et ont besoin de maîtres qui sachent leur montrer la beauté d’être chrétiens. Si la synodalité consiste à marcher ensemble, les contenus de la formation doivent également être transmis de manière claire et partagée.
Un troisième principe est celui de la continuité : les personnes doivent être accompagnées dans leur cheminement de foi à toutes les étapes de leur vie, en tenant compte de leurs liens familiaux. Nous devons éviter une approche individualiste, même au sein de l’Église. Les couples mariés, par exemple, ont besoin d’être accompagnés ensemble pour grandir spirituellement et rester unis.
Aujourd’hui, il existe des familles monoparentales, des familles séparées… Dans ce contexte, quel est le plus grand défi pour l’Église ?
Je vois deux grands défis. Le premier est d’accompagner les fidèles, en particulier les parents et les familles, afin qu’ils puissent retrouver la foi, la vivre et la transmettre à leurs enfants. L’accompagnement spirituel des fidèles fait défaut. Nous devons former des prêtres, des religieux et des laïcs à cette fin.
Le deuxième défi est la nécessité de préparer plus adéquatement le clergé, dans les séminaires et par la formation permanente, afin qu’il soit plus apte à accompagner les familles dans leur discernement intérieur. Il faut retrouver le munus docendi du ministère ordonné : non seulement accompagner vers les sacrements, mais avant tout accompagner dans la foi. Saint Basile disait : « On devient d’abord disciple du Seigneur, puis on accède au saint baptême ». Il en va de même pour le sacrement du mariage, auquel on accède aujourd’hui avec trop de légèreté et sans se soucier suffisamment de la dimension de la foi des futurs conjoints. Mais sans la foi, le mariage risque de ne pas être fructueux. C’est l’une des raisons pour lesquelles tant de mariages échouent aujourd’hui.
Le pape Léon XIV semble accorder une grande importance à ce thème…
Oui, il insiste beaucoup sur la nécessité d’apprendre à vivre en présence de Dieu, à Lui parler dans notre cœur, à penser à Lui à chaque instant de la journée. C’est seulement en Dieu que se déroule le véritable discernement chrétien dans la vie quotidienne. C’est vers cela que les pasteurs doivent savoir accompagner les familles : vers une « pédagogie du discernement ».
En parlant plus particulièrement des femmes, il est aujourd’hui très difficile de concilier famille, vie personnelle et travail. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes ?
Outre les changements socio-économiques nécessaires, je pense qu’il est fondamental de développer une pédagogie des vertus, en particulier de la force et de la douceur.
La force est la capacité du sacrum facere : rendre sacrée chacune de nos actions, donner un sens profond à chaque effort, sachant qu’il est plein de sens parce qu’il s’inscrit dans un projet de vie plus grand, dans notre vocation chrétienne en tant que femmes, quel que soit notre état de vie.
La douceur n’est pas une faiblesse, mais c’est marcher en s’en remettant à Dieu. C’est un mot clé, surtout pour nous, mères et épouses : reconnaître que nous ne pouvons pas tout contrôler et remettre nos préoccupations entre les mains de Dieu. Comme je l’ai écrit sur un mot que je garde dans ma table de chevet pour ne jamais l’oublier : « Remets tout à Dieu et va dormir ».
Comment les associations féminines et familiales peuvent-elles collaborer avec le Dicastère et avec l’Église pour soutenir les jeunes couples et les familles ?
Les associations font déjà beaucoup à travers les réseaux de coopération, les ONG et les projets de soutien. Cependant, un point fondamental sur lequel nous pouvons travailler ensemble est une plus grande valorisation de la maternité. La maternité est une dimension constitutive de la femme, un privilège que Dieu lui a donné. Nous devons davantage parler de sa beauté, de sa richesse, de sa signification profonde.
Nous réfléchissons peu au fait que la vie des mères est une vie « dramatique », au sens étymologique du terme : une vie intensément vécue, chargée d’expériences profondes, de joies, de douleurs, de confiance et de peurs, qui génèrent chez la femme une nouvelle identité. C’est un privilège de pouvoir être si proche du mystère de la vie et de Dieu. C’est pourquoi, dans l’Église, il est important de parler non seulement de la maternité spirituelle, mais aussi de la maternité physique, qui doit être préservée, comprise, valorisée afin d’être aimée et désirée par les nouvelles générations de femmes.
Il faut toutefois aider les jeunes filles d’aujourd’hui à comprendre que le désir de maternité ne naît pas chez la femme de manière autoréférentielle, mais au sein du couple, dans la relation amoureuse entre un homme et une femme. Le désir d’un enfant naît de l’amour qui veut se rendre fécond et éternel. C’est ce même amour qui, lorsqu’il ne peut pas engendrer biologiquement, peut s’ouvrir à l’adoption, une forme très élevée d’engendrement de la vie au sens psychique, moral et spirituel.
De nombreuses femmes et de nombreux enfants, dans diverses parties du monde, souffrent de violence familiale. Comment peut-on intervenir ?
Il est urgent de travailler à la prévention par une éducation affective adéquate dès l’enfance, pour les garçons et les filles. Éduquer au respect de soi et de l’autre, à la compréhension de la personne dans sa totalité : corps, psychisme et esprit.
La violence n’est pas seulement physique, mais aussi psychologique et spirituelle. Enseigner le respect de la totalité de la personne signifie apprendre à respecter le corps, les sentiments, la liberté, l’âme de l’autre.
Les itinéraires catéchuménaux de préparation au mariage prévoient en effet dès le plus jeune âge, avec les enfants, cette éducation à l’affectivité : éduquer est le seul moyen de prévenir la dégénérescence des relations, au sein des familles et dans la relation homme-femme. C’est un cheminement de formation au don de soi, au respect mutuel et à l’amour fidèle.
Entretien avec Gabriella Gambino par Mercè Alonso
Ancien membre du Service de communication de l’UMOFC
(Original : IT)



