María Lía, vous avez entretenu des relations étroites avec le pape François et maintenant avec le pape Léon. Quelle continuité ou quelles nouveautés percevez-vous entre les deux pontificats?
Je dirais trois mots : continuité, originalité et transformation. Il y a continuité parce que le pape Léon a repris tout ce que le pape François avait commencé. Originalité, parce qu’il a une personnalité et une histoire différentes, et qu’il vit le pontificat d’une manière différente. François était un pape prophétique, radical, qui nous surprenait chaque jour. Léon, en revanche, est un pontife que le Saint-Esprit nous envoie pour consolider et concilier. Sa paix intérieure engendre la paix chez les autres. Dès le premier instant, lorsqu’il a parlé d’une « paix désarmée et désarmante », j’ai su que cette phrase était le reflet de lui-même.
Le Pape François a encouragé, avec la Constitution apostolique Praedicate Evangelium, une plus grande participation des laïcs et, par conséquent, des femmes, dans des postes de responsabilité au sein du Saint-Siège. Quelle lecture en faites-vous et quels pas pensez-vous que le Pape Léon pourrait suivre ?
Praedicate Evangelium a représenté un grand changement. La Curie, qui fonctionnait auparavant comme une entité entre le pape et les évêques, est désormais au service des deux. C’est une structure placée en dessous, comme le Christ lorsqu’il a lavé les pieds de ses apôtres. Cela ouvre la porte aux laïcs, femmes ou hommes, religieux ou non, qui peuvent offrir leurs services s’ils ont la formation nécessaire. Le pape François a déjà pris des mesures importantes dans ce sens, et le pape Léon poursuivra dans cette voie. Il reste beaucoup à faire, mais nous, les femmes, devons nous former pour mieux servir l’Église.
Pour moi, Pilar Bellosillo a toujours été une figure lumineuse. En tant que Présidente de l’UMOFC, elle rappelait souvent que, même si l’enseignement de l’Église sur les femmes est excellent, il existe encore un grand écart entre la théorie et la pratique. C’est pourquoi elle a consacré tant d’efforts à promouvoir une plus grande présence féminine dans l’Église.
Je pense que le pape Léon continuera à nommer des femmes à des postes clés de la Curie. Dans le même temps, il a clairement indiqué qu’il maintiendrait l’enseignement de l’Église concernant le sacrement de l’ordre : pendant son pontificat, il n’est pas prévu d’ordonner des femmes, ni au presbytérat ni au diaconat.
Cependant, tout le champ des ministères – ordonnés et non ordonnés – reste ouvert, où les femmes dûment formées pourront continuer à assumer un rôle de plus en plus significatif.
Nous avons récemment célébré le 60e anniversaire de Nostra Aetate sur la liberté religieuse, l’une des résolutions actuelles de l’UMOFC. Comment pouvons-nous contribuer à la promouvoir ?
Le pape Léon a récemment déclaré que la liberté religieuse « n’est pas facultative, mais la pierre angulaire d’une société juste ». Nostra Aetate a marqué un changement à 360 degrés : nous sommes passés de parler des « perfides juifs » à les reconnaître comme « frères aînés », et de traiter les autres chrétiens d’« hérétiques » à les considérer comme des frères.
Et ce n’est pas seulement une question de nom, mais nous, les femmes de l’UMOFC, devons défendre le droit à la liberté religieuse dans chaque pays, en particulier là où il y a une persécution implicite ou explicite.
Vous faites partie du Conseil ordinaire du Synode. Comment l’UMOFC peut-elle contribuer à cette nouvelle phase de mise en oeuvre synodale ?
Je pense que l’UMOFC est particulièrement bien préparée. Elle a déjà lancé une École de synodalité et, grâce à l’Observatoire mondial des femmes, elle connaît les fruits du travail synodal. Nous pouvons offrir une formation aux femmes, aux prêtres et aux jeunes afin d’encourager l’écoute active, le discernement et le cheminement ensemble. La synodalité ne s’impose pas d’en haut ; elle naît d’en bas, dans chaque communauté. Chaque femme, même dans les petites tâches paroissiales, peut contribuer à marcher de manière synodale, par des conversations dans l’Esprit. J’aime comparer cela au miel : lorsqu’on le verse, il s’étale et imprègne tout. C’est ainsi que la synodalité doit se répandre dans l’Église.
Enfin, comment les résolutions de l’UMOFC sur l’écologie intégrale et la famille s’articulent-elles avec les priorités du pape Léon ?
Je me souviens d’une image forte. Lors de la commémoration des dix ans de Laudato Si’, le Pape Léon a béni un morceau de glacier rapporté du pôle Nord. Il a posé ses mains dessus et a dit : « Je ne peux pas aimer Dieu, que je ne vois pas, si je n’aime pas la création, où Dieu se manifeste ». Ce geste résume sa vision : prendre soin de notre maison commune fait partie de l’ADN chrétien. Si nous, les femmes de l’UMOFC, prenons soin de notre foyer et de nos familles, nous pouvons aussi prendre soin de la planète. Et nous le ferons en vivant la synodalité en famille : par le dialogue, le silence, l’écoute et le discernement commun. C’est seulement ainsi que nous pourrons atteindre les sept objectifs de la Plateforme Laudato Si‘ et contribuer, en communion, au bien de toute la création.
María Lía Zervino, Servidora
María Lía Zervino a commencé son parcours avec l’UMOFC à Rome il y a douze ans, lorsqu’elle a été appelée, sous la présidence de Maria Giovanna Ruggieri, à occuper le poste de Secrétaire générale. Elle arrivait avec une expérience éditoriale en tant que responsable de Voix de femmes, mission qu’elle assumait au sein de l’Association argentine de culture, à laquelle elle appartient en tant que vierge consacrée de l’Ordo Virginum Servidoras. Lors de l’Assemblée générale au Sénégal, elle a été élue présidente. Elle affirme que l’UMOFC a été pour elle une véritable école de vie : la foi, le courage, la diversité culturelle et l’amour profond de l’Église de ses femmes. Sa trajectoire a pris un tournant inattendu lorsque le pape François l’a nommée membre du Dicastère pour les évêques et du Conseil ordinaire du Synode, où elle a travaillé en étroite collaboration avec le cardinal Robert Francis Prevost, aujourd’hui Léon XIV.




